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Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément. Boileau - L'Art poétique (1674)
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Ishtar Contributions : 1571
 | | Ishtar Contributions : 1571
 | Posté : 2006-10-14 13:36:00
Jérome Nodenot à écrit : ..."La question était : dans quelle mesure peut-on dire qu'exister dans notre société moderne est contre nature ?"...
Je suppose que le fait d'obliger "notre soi" à se couler dans un moule, fait peser sur nous un grand nombre d'exigences. Il se peut qu'en conséquence, nous ressentions le besoin de nous rebeller contre ces exigences, particulièrement lorsque nous voulons vivre quelque chose qui ne peut pas s'inscrire dans le moule mais est-ce vraiment contre-nature que cela ?
Jérome Nodenot à écrit : ..."Qu'est-ce que l'identité, quelque chose d'unique ou un agglomérat d'emprunts ?
Il me semble que la société actuelle a bien compris, l'importance de l'identité personnelle, en faisant prévaloir la liberté, l'autonomie, etc,... mais plus la société s'est mise à exiger que chacun soit particulier, unique et qu'il cultive ses talents individuels afin d'accomplir sa destinée, plus l'identité est devenue une contrainte pour certaine personne.
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| Antoine Contributions : 1068

Blog | Posté : 2006-10-24 03:01:00
Bonjour Ishtar !
Par rapport aux deux questions que vous avez relevées dans mes propos, je souhaiterais commencer par les clarifier, les développer un peu.
Tout d'abord, qu'est-ce que la vie moderne ? Gagner de gros salaires en travaillant beaucoup, en ayant des responsabilités ; très peu de temps pour la vie privée, entre les obligations administratives, les courses au supermarché, les embouteillages du matin et du soir ; plus de temps à soi sans sacrifier le reste (et nous sacrifions souvent le reste!) ; bref, un équilibre difficile, voire impossible à trouver. Comme dans "Le cri austral de Bernie", que je suis en train de lire. D'un autre côté, les Fouch de mon roman prétendent suivre la "nature humaine" en prenant le temps de vivre, de s'imprégner des autres, en faisant l'éloge de la lenteur, en s'organisant de façon à avoir un maximum de temps à consacrer aux loisirs, quitte à ne pas gagner en contrepartie beaucoup d'argent, etc. ; leur philosophie est un peu celle du XVIIIème siècle ; d'où également leur libertinage vis-à-vis des moeurs sexuelles. Une évidence : au XVIIIème siècle, les gens n'avaient pas du tout la même conception de la vie que nous, ni les Fouch qui pourtant existent à notre époque. Je pose donc la question : qui a raison ? Parce qu'il y en a un qui a forcément raison, et l'autre forcément tord. Où se situe la nature humaine ? En existe-t-il une, d'ailleurs, ou bien tout système peut-il convenir à certains et pas à d'autres ? Ou encore, l'homme serait-il tellement flexible qu'il peut s'adapter à tout et son contraire ? Si ce sont les Fouch qui ont raison, pourquoi acceptons-nous de vivre comme nous le faisons, en étant si éloignés de nous-mêmes ? Mon opinion est que la société aujourd'hui fait de nous des gens prétendument libres, mais que nous assumons mal cette liberté, que nous perdons le sens des priorités, que nous nous éloignons de la nature humaine en poursuivant des chimères (entre autres le consumérisme ou ce culte absurde du moi pourtant si périssable).
Pour ce qui est de l'autre question, je dirais que notre personnalité est d'abord un agglomérat d'emprunts, de toute façon : nous ne choisissons pas notre langage, notre accent, notre manière de manger, de dire bonjour, notre culture, etc. Tout cela nous est inculqué par l'éducation, et nous apprenons en imitant nos parents, nos amis, les modèles des mass medias. Un sociologue, Gabriel Tarde, affirme : "Une société est une collection d'individus en tant qu'ils sont en train de s'imiter entre eux". Je sais bien qu'il est de bon ton de dire que nous sommes tous différents, uniques. Maintenant je pose une question : combien parmi nous seraient capables d'indiquer en quelques lignes ce qui les caractérise de manière unique ? Ce qui les différencie de tous les autres ? Je ne vois pas grand monde dans la salle qui lève ne serait-ce que le petit doigt pour y répondre. Nous sommes tous toujours les imitateurs de quelqu'un ou quelque chose ; voilà déjà selon moi un élément de la nature humaine, qui cette fois répugne aux Fouch.
A très bientôt,
Jérôme.
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| Ishtar Contributions : 1571
 | Posté : 2006-10-28 11:11:00
Je suppose que l'homme a toujours rêvé à une société idéale où il était possible d'être à l'abri de la faim, de la maladie, etc,... je suppose que la vie moderne actuelle (du moins dans nos contrées) lui a permit de jouïr d'une abondante nourriture et d'un confort exceptionnel, en bénéficiant d'excellents soins médicaux mais paradoxalement, il n'est pas heureux. Certains se rendent compte qu'ils ont confondu les plaisirs matériels avec le vrai bonheur; ceux-là tentent de trouver une autre voie à leur malaise (c'est le cas d'Antoine dans la sagesse des Fouch). Antoine était accablé par les exigences que lui imposaient l'obligation de présenter sans cesse une image favorable au travail mais aussi ailleurs. En constatant que les Fouch(s) vivaient en-dehors de la société, cela à suscité sa curiosité mais je suis incapable de dire si les Fouch(s) étaient réellement heureux ou si c'était l'image qu'ils voulaient donner.
Il me semble qu'Antoine n'a pas suivi très longtemps leur précepte du moins au niveau du libertinage...
Vous citez l'époque du libertinage au XVIIIème siècle et je me permettrai de dire que cette forme de fuite de "soi", n'est pas la meilleure qui soit, il me semble, et c'est mon point de vue tout-à-fait personnel, que c'est se faire du tort délibérément et c'est une solution irrationnelle.
Vous dites : ..."Mon opinion est que la société aujourd'hui fait de nous des gens prétendument libres, mais que nous assumons mal cette liberté, que nous perdons le sens des priorités, que nous nous éloignons de la nature humaine en poursuivant des chimères (entre autres le consumérisme ou ce culte absurde du moi pourtant si périssable)"... et je suis parfaitement d'accord avec vous, la tendance à l'égocentrisme de notre culture moderne produit souvent des effets accablants et dangereux. Il faudrait pouvoir à l'occasion oublier ce fameux "Moi"....
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| Antoine Contributions : 1068

Blog | Posté : 2006-10-29 14:08:00
Ishtar a écrit :
"Vous citez l'époque du libertinage au XVIIIème siècle et je me permettrai de dire que cette forme de fuite de "soi", n'est pas la meilleure qui soit, il me semble, et c'est mon point de vue tout-à-fait personnel, que c'est se faire du tort délibérément et c'est une solution irrationnelle."
La conception de la sexualité des Fouch est un bon exemple de leur attitude face à la vie, de leur démarche pour se construire leur identité. Dans notre culture, le libertinage est totalement prohibé par la morale judéo-chrétienne, mais les Fouch n'en tiennent pas compte (c'est la base de leur méthode : ne pas se laisser influencer ou freiner par quelque tabou que ce soit). Ils procèdent de la sorte également pour le travail, l'argent, etc. Leur raisonnement à propos de la sexualité est le suivant (je paraphrase le roman) : l'homme (ou femme) a besoin de constance, de fidélité pour s'épanouir dans son couple, mais dans un même temps il semblerait qu'il (ou elle) éprouve le besoin de mettre du piquant dans sa vie sexuelle. Alors, plutôt que d'avoir une maîtresse (ou un amant) le meilleur compromis possible serait l'échangisme, pratiqué non pas comme un mode de vie mais de temps à autre. Ainsi, selon eux, on s'épanouit sexuellement sans que cela constitue une trahison du couple (contrairement à ce qui se passe souvent dans notre société). Leur façon de voir les choses est peut-être discutable, mais il y a quand même une certaine logique. L'intérêt pour moi, en tout cas, était de mettre en lumière cette question : Qui a raison ? NOUS, ou bien EUX ? Le rôle de l'écrivain, selon moi, est d'abord de remettre en question (et non pas de réfuter, par contre) les idées reçues, les clichés, tout ce qui nous semble évident parce que depuis des siècles notre esprit a été modelé en ce sens. Quand Diderot parle de Bougainville à Tahiti, il se pose aussi la question ; car, lorsque les marins bons chrétiens de Bougainville ont débarqué, avec toutes ces jolies tahitiennes qui se sont jetées sur eux pour les accueillir avec ferveur, ils ont eu l'impression d'avoir découvert le Paradis ! Du coup, il paraît qu'ils sont devenus plus gentils eux-mêmes. Vous, Carine, vous semblez prendre parti pour NOUS sur ce point, comme Antoine en effet, d'ailleurs ; je n'ai pas très bien compris en revanche ce que vous entendiez par "fuite de soi". Ce décalage entre les Fouch et la société permet en tout cas de réfléchir à certains de nos problèmes : Comment se fait-il que les couples, souvent, rencontrent tant de frustrations, pourquoi y a-t-il tant d'individus (paraît-il) qui trompent leur conjoint, etc.
[ Message édité par : Antoine : 29-10-2006 15:02 ]
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| Antoine Contributions : 1068

Blog | Posté : 2006-10-29 15:23:00
Ishtar a écrit :
"Constatant que les Fouch vivaient en dehors de la société, ..."
Je pense que le grand défi des Fouch est de se construire en ne suivant pas le troupeau bêtement, en rejetant toute compromission, mais tout en essayant d'être DANS la société, d'y trouver leur place malgré les difficultés. Si vous avez eu cette impression, c'est que peut-être ils n'y ont pas tout à fait réussi. Toutefois, ils ont quand même du travail, des amis, et surtout ils impressionnent certains personnages du livre (Antoine en particulier, mais aussi moi-même en tant qu'auteur-narrateur, ou encore Amélie, etc.) Car c'est en cela que réside la grande préoccupation des fortes personnalités qui vivent différemment : chercher à imposer leur "moi" aux autres, à les influencer. De toute manière l'être humain ne peut pas faire autrement, il ne peut pas vivre sans être accepté par les autres. Voilà pourquoi la facilité est toujours de suivre bêtement le troupeau.
A bientôt,
Jérôme.
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| Ishtar Contributions : 1571
 | Posté : 2006-10-29 15:25:00
Selon moi, la plus grande erreur des couples qui veulent mettre du piquant dans leur vie sexuelle, est d'aborder l'échangisme dans cette optique. Il me semble que le libertinage soit avant tout un esprit où il est soi-disant possible de prôner la liberté dans tous les domaines, y compris le droit de faire ce qu'on veut avec son propre corps dans la mesure où l'on ne brime pas la liberté et la propriété des autres, malheureusement, il me semble que souvent les femmes sont des victimes dans le libertinage, d'une part car elles sont souvent amenées dans un jeu dans lequel elles croyent, à tort, être capable de s'arrêter à temps et d'autre part elles participent au départ, pour faire plaisir à leur mari (ou conjoint) et perdent très vite, toute estime d'elle.
Je pense, qu'il y a d'autres possibilités de mettre du piquant dans un couple que de s'adonner à des partouzes ou de pratiquer l'échangisme.
Je ne suis pas particulièrement d'accord avec vous Jérome sur ce point là, peut-être suis-je bêtement romantique ou parce que je prêche encore et toujours avec ferveur l'encyclique de Pie XI sur le Casti Connubii (sourire)
[ Message édité par : Ishtar : 29-10-2006 16:12 ]
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| Ishtar Contributions : 1571
 | Posté : 2006-10-29 16:31:00
Vous dites Jérome : ..."c'est en cela que réside la grande préoccupation des fortes personnalités qui vivent différemment : chercher à imposer leur "moi" aux autres, à les influencer. De toute manière l'être humain ne peut pas faire autrement, il ne peut pas vivre sans être accepté par les autres"...
Je suis d'accord avec vous.
J'aimerai citer l'exemple d'un homme qui m'a fasciné, Donald Trump. Dans les années 80, il était tout : un sex-symbol, un homme d'affaires très dynamique, très riche et dévoré par l'ambition.
Il voulait à tout prix le pouvoir, la fortune et la notoriété. Tout lui réussissait et il était le point de mire de l'univers. Jusqu'au jour où sa femme le surprit en flagrand délit d'adultère et demanda le divorce. Jusqu'au jour où ses affaires se mirent à péricliter et qu'il fut acculé à la faillite. Les journalistes défrayaient la chronique de ses déboires conjugaux et financiers. Il était devenu la risée de tous.
En conclusion, il est toujours dangereux d'avoir une image soigneusement construite de soi car lorsque le malheur s'abat sur soi, l'on a vraiment l'impression que le ciel nous tombe sur la tête.
Bref, le "Soi" est une véritable obsession pour certains et le désir de fuir le "soi" est me semble-t'il la conséquence de cette surdétermination. P.ex. dans le cas de Trump, la fuite de son "soi" est de vouloir ne plus être le point de mire de tout l'univers.
Il serait intéressant d'avoir l'avis des autres membres d'Alexandrie sur le sujet.
[ Message édité par : Ishtar : 29-10-2006 16:34 ]
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| Antoine Contributions : 1068

Blog | | Ishtar Contributions : 1571
 | Posté : 2006-10-30 08:18:00
Attention Jérome, je ne critique pas le libertinage, estimant que tout le monde est libre de faire ce qui lui plaît avec son c....
Je tâchais simplement de faire passer que ce n'était pas, d'après moi, la meilleure solution pour mettre du piquant dans un couple, principalement dans leur vie sexuelle.
Je suis d'accord que notre civilisation judéo-chrétienne a jeté l'anathème sur le corps considéré comme la source de toutes les tentations et blablabla et que longtemps le judéo-chrétien a été considéré comme un homme de prohibitions sexuelles ou de puritanisme anglican mais je sais aussi que l'époque des hippies à la sexualité débridée dans les backrooms a tourné à la débauche.
Bref, je reste persuadée que l'acte sexuel est avant tout un acte sacré et que l'amour, c'est aussi le respect de l'autre.
Et à mon avis, dans l'échangisme, il n'y a pas ou il n'y a plus le respect de l'autre.
Il n'y a pas de dérapage Jérome, je pense seulement que les hommes et les femmes n'ont pas les mêmes points de vue concernant l'acte sexuel, le couple et l'Amour.
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